vendredi 27 janvier 2012

Fatigue, quand dormir ne suffit pas !





Fatigue, quand dormir ne suffit pas !

Comme chaque hiver, on fonctionne au ralenti. Perte d’énergie, difficultés de concentration, courbatures, humeur maussade… Besoin de sommeil ou stress inhabituel ?

Je me couche épuisée, je me lève dans le même état, je dors pourtant huit heures par nuit, mais rien n’y fait. » Comme chaque hiver, Isabelle se plaint d’être fatiguée, claquée, vidée. A cette période de l’année, nous sommes presque tous envahis par une perte d’énergie sournoise, attendant que le printemps nous réveille en même temps que les bourgeons. D’ici là, nous sommes tentés de chercher le repos dans les bras de Morphée : nous nous couchons de plus en plus tôt dans l’espoir de nous lever en forme le lendemain mais, souvent, la promesse n’est pas tenue. Normal : le sommeil n’est pas forcément le remède à notre fatigue.
Tout dépend de ses caractéristiques : physique et ponctuelle, ou nerveuse et chronique, cette dernière étant beaucoup plus répandue. « En revanche, le sommeil est un excellent indicateur de l’état de santé général de la personne et de ses relations avec son environnement, affirme le Dr Valaxt, chercheur au sein de l’unité 480 de l’Inserm spécialisée dans l’étude du sommeil et des rêves. Dès qu’un élément est perturbé dans l’un de ces deux domaines, il s’en fait l’écho. » Insomnies et fatigue sont ainsi la première plainte verbalisée chez le médecin (sept patients sur dix). Le praticien va s’efforcer d’en cerner les causes exactes : s’agit-il d’une maladie sous-jacente (hypertension artérielle, hépatite…), d’un traitement médicamenteux mal toléré (cortisone, bêtabloquants…), d’un surmenage professionnel, d’un début de dépression ?

FATIGUE PHYSIQUE OU PSYCHIQUE ?

Au terme d’une journée passée à déménager meubles et cartons ou après un bon match de tennis, la sensation de fatigue physique – ce que nous appelons volontiers « une bonne fatigue » – est provoquée par une usure inaccoutumée de nos cellules musculaires.Dans ce cas, un appel impérieux de la couette nous plongera avec délice dans un sommeil réparateur pour nos muscles altérés par l’effort. « Pendant le sommeil lent et profond – qu’aucune tension nerveuse n’empêche d’atteindre rapidement –, nous sécrétons des hormones de croissance, lesquelles favorisent la synthèse des protéines et accélèrent le renouvellement cellulaire », précise le Dr Valaxt.
Si vous venez de subir une pression professionnelle inhabituelle ou si le petit Lucien vous pousse hors du lit une ou deux fois par nuit, un bon repos bien mérité – au mieux quelques jours de vacances – vous remettra assurément d’aplomb. 
Mais ce procédé simple et naturel n’est d’aucune utilité en cas de fatigue nerveuse ou psychique. Votre énergie continue de jouer les grandes absentes, votre concentration bat en retraite, vous fonctionnez au ralenti, vous êtes à cran, irritable, d’humeur maussade, quelques courbatures viennent vous titiller le bassin ou les épaules… Une déprime passagère ou une dépression déjà installée peuvent en être l’origine. D’ailleurs, n’est-il pas plus facile de dire à son médecin « je suis fatigué, je dors mal » plutôt que d’avouer « je suis déprimé » ? « Dans la relation étroite entre fatigue et sommeil, la composante psychologique est vraiment très importante, souligne le Dr Royan-Parolat, psychiatre, spécialiste des troubles du sommeil. Lorsqu’on est amené à réduire son temps de sommeil parce qu’on est très impliqué dans une activité prenante, valorisante, motivante, la fatigue ne se fait pas beaucoup sentir. Mais si l’on a un sommeil fractionné, amputé, parce qu’on se trouve dans une situation pénible, pesante, stressante, avec des obligations et des échéances difficiles à maîtriser, porteuses d’angoisse, la fatigue est beaucoup plus intense. »
Dans les années 70, le Pr Jouvet avait d’ailleurs démontré dans une célèbre expérience que les relations entre fatigue et sommeil se nouaient de façon similaire chez l’homme et chez certains animaux. Il a ainsi privé des chats de sommeil : soit en les plaçant sur un flotteur au milieu d’une piscine, l’animal tombait alors à l’eau dès que le sommeil mettait au repos son tonus musculaire ; soit en les réveillant par des caresses dès qu’ils s’endormaient. Résultat : les premiers dépérissaient très vite, alors que les seconds s’adaptaient beaucoup plus facilement !

QUAND LE SOMMEIL ÉPUISE

« Nous savons aujourd’hui que la quasi-totalité des insomnies sont des troubles de l’éveil et non du sommeil », explique le Dr Valaxt. Sommeil lent léger, sommeil lent profond et sommeil « paradoxal » (où se déroulent les rêves) se succèdent en cycles d’environ deux heures pendant six à huit heures chaque nuit. Le duo sommeil léger-sommeil profond (le plus reposant) permet de récupérer sur le plan physique, alors que le sommeil paradoxal « réorganise » le mental et repose le psychisme. Pour que ces différentes phases s’enchaînent harmonieusement, notre système d’éveil doit être bloqué. Or, lorsque nous sommes stressés, anxieux, tendus, nous avons tendance à le surstimuler pendant la journée pour « tenir ». Et, le soir venu, il devient impossible de le bloquer totalement : on a du mal à s’endormir et, quand on se réveille au cours de la nuit, comme il est normal de le faire fugitivement à la fin de chaque cycle, on ne parvient plus à se rendormir. Les mauvaises nuits renforcent alors la fatigue et l’état de tension, lesquelles provoquent une nouvelle surstimulation de l’éveil pendant la journée et une difficulté toujours plus grande à dormir la nuit suivante.
Pourquoi ce cercle vicieux ? Notre système de blocage de l’éveil se nourrit d’un carburant sécrété entre autre par le cerveau : la sérotonine. Ce neurotransmetteur participe à diverses fonctions : régulation de la température du corps, perception de la douleur, variations de l’humeur et… sommeil. Elle s’accumule tout au long de la journée et, le soir venu, elle stimule des cellules qui vont favoriser le sommeil en bloquant l’éveil. Mais notre cerveau produit aussi de la dopamine, activateur de fonctions, alors que la sérotonine est un frein. Et lorsque nous sommes en état de tension nerveuse et psychique, la sécrétion de dopamine s’accélère. Du coup, l’équilibre sérotonine-dopamine vacille. Notre sommeil devient difficile, court, haché. On se réveille avec une sensation de fatigue qui finit même par devenir physique. Les longues plages de sommeil lent et profond manquent et c’est tout le renouvellement cellulaire de l’organisme qui se ralentit.
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