vendredi 21 septembre 2012

Faut-il aimer son travail pour être heureux?


Il n’y a aucun doute que tous ceux qui ont la possibilité d’exercer un métier qui leur plait et surtout de le faire dans un cadre qui soit à la fois enrichissant et valorisant jouissent de conditions idéales. Mais de là à penser qu’il faut cela pour être heureux, c’est un peu comme dire qu’il est faut être beau, jeune, riche et en santé pour avoir du succès dans la vie. Nul doute que ce sont là de gros avantages. Mais si on commence à croire que telles sont les conditions du succès et donc du bonheur, autant dire adieu la planète pour le commun des mortels!

Le travail, un moyen et non une fin en soi
Le travail occupe une place importante dans nos vies, ne serait-ce que par le temps qu’on y consacre. Mais il faudrait voir si on n’a pas eu tendance à en exagérer l’impact, surtout depuis qu’on a tourné le dos à la Civilisation des Loisirs pour célébrer la culture entrepreneuriale et faire de l’ambition le nouveau leitmotiv de l’existence, voire même le critère de qualité de vie qu’on associe au bonheur.
Aurions-nous perdu de vue le fait que pour une personne équilibrée, le travail est sensé constituer un moyen d’accomplir des choses tout en gagnant sa vie et non pas une fin en soi. Le bonheur résulte de ce qu’on est comme personne, avec notre capacité de vibrer et d’aimer, notre ouverture au monde et à la vie qui nous entoure, bien plus qu’à partir de ce qu’on peut accomplir au bureau; c’est d’ailleurs ce que les workaholics n’arrivent pas à réaliser. 
Pour ceux qui en douteraient, je vous invite à faire l’expérience suivante. Demandez à un jeune couple en attente d’un nouveau poupon ce qu’ils souhaitent pardessus tout pour leur bébé.
Combien, pensez-vous, répondront qu’ils espèrent avoir un futur directeur de banque, ou une brillante avocate, ou encore qu’ils souhaitent que leur rejeton gagne des millions comme vedette de hockey? Aucun. Parions plutôt que leur premier vœu sera que le bébé soit en santé. Ensuite, ils parleront de leur espoir que l’enfant grandisse bien et qu’il soit heureux dans la vie, quelle que soit son occupation.
Comme quoi l’équation entre épanouissement dans la vie professionnelle et bonheur ne fait pas systématiquement partie de nos valeurs, du moins au départ ! Et pour tous ceux qui croient bon de garder au moins un pied sur terre, il faut se rendre à l’évidence qu’il est possible d’être heureux dans la vie sans pouvoir toujours faire à sa tête, ni uniquement ce qui nous plaît. Il en va de même du travail !

Autre temps, autres mœurs 
Nous ne sommes plus à l’époque où un individu pouvait entreprendre des études puis travailler dans le domaine de son choix et progresser sans aucun dérangement dans son plan de carrière tout en étant assuré d’une retraite en toute tranquillité d’esprit, grâce à la stabilité et à la reconnaissance de l’entreprise pour laquelle il a oeuvré.
Depuis nombre d’années déjà, plusieurs diplômés (à l’exception de ceux qui ont été dirigés dans un secteur technologique de pointe) n’ont qu’une infime chance d’œuvrer dans le secteur de leurs études. Plusieurs d’entre eux doivent composer avec les postes disponibles, souvent très différents de ce qu’ils souhaitaient faire comme travail. Et que dire de ceux qui n’ont pas fait d’études universitaires, quoique dans bien des cas, ce ne soit ni pire, ni mieux ! 

Aimer son travail…
On sait, grâce au sondage récent mené par l’une des plus grandes sociétés de conseiller en management au monde ( groupe Towers Perrin), que plus de la moitié des travailleurs en Amérique du Nord ne sont pas heureux dans leur vie professionnelle. Ils sont soit surexploités, sous-estimés ou inquiets face à leur avenir alors que d’autres se disent las de faire l’ouvrage qu’on leur confie
Pensons au gardien de sécurité qui passe la nuit à faire ses rondes ou encore à ces préposés aux marchandises qui, soir après soir, doivent regarnir les tablettes du supermarché pour que les étalages soient attrayants et les produits disponibles à la clientèle le lendemain matin. Et ceci est vrai à tous les niveaux. Des professeurs de mathématique ont dû accepter d’enseigner l’Anglais ou la Géographie pour compléter leur charge d’enseignement.
Même chose pour ces notaires qui, après avoir dû fermer leur greffe au milieu des années ’80 parce que la conjoncture faisait en sorte qu’ils n’arrivaient plus à en vivre décemment, ont tenté de se recycler dans l’immobilier ou l’assurance, croyant y voir une certaine parenté avec leur ancienne profession et donc des conditions aidantes pour leur faciliter cette transition.
Or Dieu sait qu’il n’est pas donné à tout le monde de se sentir à sa place dans cet univers particulier de la vente et de la prospection. Chose certaine, ils n’auraient jamais fait de tels choix de carrière de prime abord compte tenu de leur personnalité. C’est dire que bien des gens se retrouvent à faire un boulot dans lequel ils sentent plus ou moins à leur place. 
Évidemment, il est facile de déclarer qu’ils n’ont qu’à changer d’emploi s’ils ne sont pas heureux dans ce qu’ils font. Ce serait tellement plus simple.
Réalisons cependant que dans bien des cas, ils en sont rendus à leur deuxième ou leur troisième poste en quelques années. Convenons qu’il y a une limite à ce qu’on peut avoir comme goût, d’autant plus qu’ils doivent finalement composer avec ce qui leur est accessible.
Alors, sérieusement, comment pensez-vous que ces gens peuvent se sentir intérieurement quand, lors d’une session de formation ou dans des « sales meeting », on répète presque à chaque fois que pour réussir et être heureux dans la vie, il faut aimer ce qu’on fait ? 
J’en ai entendu plus d’un dire qu’ils prenaient cela comme la confirmation qu’encore une fois, ils n’étaient pas à leur place. Convenons qu’à la longue, cela peut finir par être décourageant. Est-ce à dire qu’il faut devenir défaitiste pour autant ? Absolument pas, bien au contraire. Ce qu’il faut, c’est changer son fusil d’épaule. 

L’important, c’est d’y croire
Tout d’abord, il faut cesser de miser sur des formules qu’on voudrait magiques et revenir à la réalité. Premièrement, comme on l’a déjà mentionné, on ne fait pas que ce qu’on aime dans la vie et cela n’a jamais fait mourir personne. Ensuite, et c’est ce qui compte pardessus tout pour donner un sens à notre travail ou nous ragaillardir quand on a un passage à vide, c’est qu’il est nécessaire de croire en l’importance de ce qu’on fait. 
Bien sûr, il est fort probable que le préposé aux marchandises n’arrive jamais à aimer le geste de remplir des étalages. On peut aussi comprendre qu’avec tous les chambardements survenus dans le milieu de l’enseignement, tant au niveau des matières académiques que dans le climat des relations élèves-professeurs, plusieurs enseignants aient de la difficulté à continuer de voir leur cheminement de carrière comme ils l’avaient envisagé quand ils étudiaient en pédagogie.
Alors, ce qu’il faut pour les aider à garder la motivation nécessaire à passer pardessus certaines déceptions et les encourager à faire leur boulot au meilleur d’eux-mêmes, c’est qu’ils continuent à croire en la nécessité et la valeur du service qu’ils rendent: éduquer les jeunes, leur donner le goût de développer leur potentiel, etc. Et il en est de même de tous les autres boulots qui nécessitent efforts et constance.
Évidemment, c’est facile d’aimer ce qu’on fait quand les affaires vont bien! Mais quand le quotidien semble plus lourd à supporter, on a besoin de pouvoir se raccrocher à du solide et c’est alors que nos convictions ont plus d’impact que de simples souhaits. 
C’est qu’on touche alors au cœur de ce qui nous incite à performer, soit le goût d’être fier de soi, de se sentir satisfait et de vibrer. Or, n’est-ce pas justement ce qui se produit quand on agit par conviction ? 
André Gareau
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