lundi 10 septembre 2012

L'Amour et la Folie



Tout est mystère dans l'amour, 
Ses flèches, son carquois, son flambeau, son enfance: 
Ce n'est pas l'ouvrage d'un jour 
Que d'épuiser cette science. 
Je ne prétends donc point tout expliquer ici: 
Mon but est seulement de dire, à ma manière, 
Comment l'aveugle que voici 
(C'est un dieu), comment, dis-je, il perdit la lumière, 
Quelle suite eut ce mal, qui peut-être est un bien; 
J'en fais juge un amant, et ne décide rien. 

La Folie et l'Amour jouaient un jour ensemble: 
Celui-ci n'était pas encor privé des yeux. 
Une dispute vint: l'Amour veut qu'on assemble 
Là-dessus le conseil des dieux; 
L'autre n'eut pas la patience; 
Elle lui donne un coup si furieux, 
Qu'il en perd la clarté des cieux. 
Vénus en demande vengeance. 
Femme et mère, il suffit pour juger de ses cris: 
Les dieux en furent étourdis, 
Et Jupiter, et Némésis, 
Et les juges d'enfer, enfin toute la bande. 
Elle représenta l'énormité du cas: 
" Son fils, sans un bâton, ne pouvait faire un pas: 
Nulle peine n'était pour ce crime assez grande: 
Le dommage devait être aussi réparé." 
Quand on eut bien considéré 
L'intérêt du public, celui de la partie, 
Le résultat enfin de la suprême cour 
Fut de condamner la Folie 
A servir de guide à l'Amour
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