vendredi 10 janvier 2014

Le poil est-il antiérotique ?

Chaque mois, Catherine Blanc, sexologue et psychanalyste, démonte une idée reçue en matière de sexualité.

« Il n’est pas question de porter ici un quelconque jugement moral sur la mode de l’épilation. Nous vivons dans une société, et tendons naturellement à adopter ses codes pour nous en reconnaître membres à part entière et y assurer notre place. Mais que racontent-ils ? Ils témoignent des préoccupations sociales du moment, et aussi d’enjeux inconscients plus intimes. C’est justement à ce titre qu’il est intéressant de comprendre ce que signifie cette traque actuelle du poil.
Au cours de l’histoire, hommes et femmes ne lui ont pas réservé le même accueil. 
Si, à certaines époques, celui de l’homme témoignait de sa virilité, on comprendra que la femme ait éprouvé le besoin de s’en départir, afin de se révéler dans toute sa féminité. Pour autant, la pilosité génitale n’a pas toujours été remise en question.
Que penser de cette zone intime débarrassée, chez les femmes, mais aussi en partie chez les hommes, aujourd’hui, de ce qui, justement, témoigne d’un sexe pubère, mature, donc possiblement actif ? Il est amusant de constater combien le poil est généralement considéré comme sale, tant il évoque l’émergence du sexuel. Car son surgissement physiologique incontournable suppose un possible jaillissement incontrôlable de la pulsion sexuelle. Or, nous sommes tous, plus ou moins consciemment, dans la crainte de ce pulsionnel, expression d’une animalité et, par là même, d’une certaine agressivité.
Dès lors, nous visons à contrer cette émergence pileuse naturelle, en tentant d’en reprendre le contrôle, d’en garder la maîtrise par la taille ou l’élimination. Comment se fait-il encore que notre société, qui valorise tant le sexuel et ne cesse de l’afficher, propose justement d’en supprimer les signes qui en sont l’expression ?
Le paradoxe n’est qu’apparent, car plus nous aspirons à une sexualité sans limites, plus nous avons peur d’être débordés par elle et, une fois encore, l’épilation nous donne l’illusion de la dompter. Par ailleurs, dans cette exhibition forcenée du sexe, dont la pornographie – règne du gros plan – fait partie, il semble que le poil soit devenu encombrant.
Mais que faisons-nous en dégageant pénis, lèvres et pubis ? Nous levons les voiles, nous mettons en avant nos attributs sexuels masculins et féminins, comme des preuves irréfutables de notre identité. Est-ce à dire que nous avons un doute sur elle et ressentons le besoin d’en faire la preuve ? Ou que ce qui ne se voit pas n’existe pas ?
À moins que, à force de tout montrer sans ambages – le mystère de la sexualité restant toujours entier –, nous tentions d’y voir plus clair encore. Tout voir, tout circonscrire pour apaiser notre inquiétude ? Selon qu’il faille le cacher, le masquer, le montrer, le maîtriser, le poil sera décrété, d’une façon totalement subjective, comme tantôt érotique, tantôt pas, selon l’époque, mais aussi selon l’histoire de chacun. »
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