mercredi 26 février 2014

Plus un homme tarde à être père, plus ses enfants vivront longtemps !

Résultat surprenant. Lorsqu’un homme avance dans l’âge, il transmet à sa descendance la capacité de vivre plus longtemps en lui fournissant des télomères plus longs. Davantage d’investigations sont malgré tout requises pour éclaircir entièrement les mécanismes responsables. Attention à l'interprétation également : cela ne veut pas dire pour autant qu’il faut retarder l’échéance pour devenir père…
Peut-on prédire l’espérance de vie ? La question fascine les scientifiques qui tentent de décrypter les signes biologiques laissés par l’organisme. L’un d’entre eux a particulièrement retenu leur attention : la longueur des télomères. Ces régions de l’ADN se situent à l’extrémité des chromosomes et protègent le génome et l’information qu’il contient. Lors de chaque division, les télomères se raccourcissent un peu plus jusqu’à ne plus exercer leur rôle. Ainsi, on remarque que leur longueur permet de donner une idée sur le temps qu’il reste à vivre.
De manière assez inattendue, des chercheurs de la Northwestern University(Illinois) viennent de faire une découverte qui concerne justement ces coiffes d’ADN. Les enfants nés de pères âgés héritent de télomères plus longs que ceux conçus par des papas plus jeunes, ce qui se traduit aussi par une espérance de vie théorique plus importante. Les hommes doivent-ils attendre pour se reproduire ?
Des papas âgés transmettent des télomères plus longs
Cette étude longitudinale publiée dans les Pnas a porté sur 1.779 Philippins nés entre 1983 et 1984. Pendant la grossesse, des cellules fœtales circulant dans le sang veineux de la mère ont été récupérées. L’ADN de chacun des enfants, et plus précisément la longueur des télomères, a été définie. Ne manquait plus qu’à corréler ces informations avec l’âge du père.
Ce schéma explique ce que sont les télomères. Les chromosomes, l'ADN compacté, se terminent par des séquences répétitives non-codantes. Comme les enzymes qui dupliquent l'ADN raccourcissent le brin qu'elles reproduisent, ce sont les extrémités qui trinquent. Les télomères se raccourcissent mais l'information génétique est préservée.
Ce schéma explique ce que sont les télomères. Les chromosomes (l'ADN compacté) se terminent par des séquences répétitives non codantes. Comme les enzymes qui dupliquent l'ADN raccourcissent le brin qu'elles reproduisent, ce sont les extrémités qui trinquent. Les télomères se raccourcissent mais l'information génétique est préservée. © Samulili, Wikipédia, cc by sa 3.0
L’analyse des données est sans ambiguïté : la longueur des télomères chez l’enfant augmente avec l’âge du père. Ce processus traverserait même les générations car l’âge du grand-père paternel revêt lui aussi de l’importance. Des résultats surprenants quand on sait justement qu’au fil des années, les télomères ont tendance à se rétrécir. C’est effectivement le cas pour tous les tissus, à l’exception des spermatozoïdes… Ils gagnent chaque année ce que les autres cellules perdent, ce qui explique la conclusion de cette recherche.
Cependant, le mécanisme physiologique sous-jacent reste mystérieux. Est-ce parce que la télomérase, l’enzyme qui rajoute des morceaux d’ADN aux télomères, est de plus en plus active dans le testicule avec le temps ? Ou est-ce plutôt parce que les cellules progénitrices dotées des télomères les plus courts sont les premières à mourir, laissant le champ libre à toutes les autres ?
Mieux vaut-il attendre pour être père ?
Reste également à définir quels avantages évolutifs un tel mécanisme pourrait procurer. Les auteurs y vont de leur hypothèse. Un homme qui se reproduit tardivement à cause de contraintes (environnementales, sociales, culturelles etc.) engendre ainsi une descendance apte à survivre suffisamment longtemps pour dépasser ces contraintes et à son tour faire des enfants.
Le principe se conçoit. Cependant, ce travail élude une question pourtant fondamentale : les générations nées de pères âgés survivent-elles réellement plus longtemps ? La longueur des télomères est un indice mais pas un indicateur fiable à 100 %. De plus, de nombreuses études soutiennent l’idée que la paternité tardive accroît les risques de problèmes de santé pour l’enfant. En effet, les probabilités de mutations et de dommages sur l’ADN augmentent avec le temps, affectant alors négativement la qualité du sperme. Des télomères plus longs suffisent-ils à compenser un génome moins bon ? Rien ne le prouve… Et même les auteurs de ce travail le reconnaissent : mieux vaut ne pas trop attendre avant de devenir père !
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