samedi 18 avril 2015

Le bonheur sexuel n'a pas d'âge.

La psychologue Marie de Hennezel a pris sa plume pour nous raconter les chemins du désir et du plaisir à l’âge mûr. C’est un message vibrant de vie qu’elle lance dans son livre Sex & Sixty.

Marie de Hennezel
« Je viens de terminer un voyage au pays de la sexualité des seniors, un territoire méconnu, car, dans notre modernité, le sexe est largement associé à la jeunesse, et on a du mal à imaginer que l’on puisse encore faire l’amour au-delà d’un certain âge. Or, ce que j’ai découvert, c’est qu’il n’y a pas d’âge pour le désir amoureux, pour la joie érotique et l’intimité charnelle.
J’en ai été convaincue lorsque j’ai rencontré la belle comédienne Macha Méril, qui, à 74 ans, déclare que “la vraie jouissance ne se découvre qu’après 60 ans”. Elle se dit irritée par les normes qui imposent une “sexualité de performance” et qui, selon elle, bloquent aussi bien les hommes que les femmes. Elle m’a parlé d’une jouissance amoureuse qui ne cherche pas à atteindre un objectif, l’orgasme par exemple. Ce qui compte, c’est la danse érotique que l’on mène à deux, par petites touches, en sachant s’arrêter, en reprenant, en se parlant, en se regardant.


Un couple de jeunes sexagénaires rencontrés lors de mon enquête m’a raconté que, pour réveiller leur libido un peu endormie, ils étaient allés suivre un stage de tantra, qui les a transformés. Dans cette voie érotique de l’Inde, c’est le voyage qui compte, pas l’aboutissement. C’est ce qu’ils venaient chercher. Ils ont appris à mettre leurs énergies sexuelles en contact, sexe contre sexe, à se regarder dans les yeux, à respirer ensemble enlacés et à laisser monter le désir, de chakra en chakra (Dans le yoga, les chakras sont des centres d’énergie situés tout le long de la colonne vertébrale ndlr). J’ai pensé, en les écoutant, à ce que me décrivait Macha de cet état de quasi-lévitation qu’elle éprouve lorsqu’elle “fait un” avec Michel Legrand, compositeur, une communion érotique qu’elle qualifie de “spirituelle”, car le corps et l’esprit, c’est la même chose, a ffirme-t-elle.La jouissance amoureuse, c’est une perception globale du plaisir, qui inclut la qualité émotionnelle du lien et qui conduit à une communion voluptueuse. C’est la connivence intime, l’imaginaire érotique qui donnent cette impression d’atteindre une jouissance encore jamais connue. Je comprends alors qu’il faut accepter que la sexualité change, qu’il faut lâcher la tyrannie du “plus vite, plus fort” pour explorer un Éros plus sensuel, plus conscient. Et, dans cette mutation, les femmes ont un rôle important à jouer. Je dirais même qu’elles sont douées pour cela.

A la découverte du tantra

Forte de ces témoignages, j’ai décidé d’aller voir de plus près ce qu’il en était du tantra. Je me suis inscrite à un stage “La femme tantrique”, animé par Marisa Ortolan, et j’en suis revenue en souhaitant que toutes les femmes qui veulent cultiver un lien charnel avec leur homme aient accès à ce voyage. Je me suis retrouvée avec une quarantaine de femmes âgées de 25 à 68 ans, toutes en quête d’un approfondissement de leur potentiel érotique.

Stressées par les modifications de leur corps au moment de la ménopause ou par les normes sexuelles qui pèsent sur elles – comme celle de l’orgasme obligatoire –, elles sont venues pour se rapprocher d’elles-mêmes et de leurs ressentis propres, pour avant tout être bien dans leur corps de femme.
Elles ont compris qu’une des grandes clés du “bien-vieillir sexuel” était la capacité de s’abandonner et de créer une vraie complicité intime avec leur compagnon. Le chemin pour y accéder passe par toutes sortes d’étapes à travers lesquelles l’animatrice du stage nous a guidées.
Si on ne l’a pas fait plus tôt, il semble évident qu’il faut, à un moment ou à un autre, se libérer du poids intergénérationnel des représentations de la sexualité et de celui des blessures d’enfance, des viols, des abus, du manque de respect de la part des hommes. Il faut aussi s’accepter dans le corps que l’on a, dans sa nudité, pouvoir s’exposer au regard de l’autre et se sentir fière de la femme que l’on est.


C’est ce dernier point qui est incontestablement le plus difficile. Car c’est souvent parce qu’elle est trop dans le contrôle qu’une femme ne sait pas prendre le “virage orgasmique”, expression qui signifie bien ce point où elle sent qu’elle est presque au sommet ; mais ça retombe.Il n’est pas question de décrire ici l’ensemble des rituels, des explorations, des méditations, des visualisations, des mouvements de bassin et des respirations qui nous ont été proposés pour prendre conscience de notre énergie sexuelle et la faire circuler partout dans notre corps, mais ce qui est sûr, c’est que ce type de yoga ouvre largement le champ de notre potentiel érotique. C’était émouvant, ce voyage au coeur des secrets du corps féminin. J’en suis sortie avec une grande tendresse pour la tribu des femmes. Il a été beaucoup question d’abandon, de lâcher-prise, d’apprentissage de la communication des univers intimes, de “laisser faire” les sexes.

“La recherche de l’excitation sexuelle empêche d’avoir accès à une énergie très subtile, un plaisir inouï qui arrive seulement quand on a renoncé à l’atteindre”, m’a confié une femme qui avait une grande expérience tantrique, insistant sur le fait qu’il fallait laisser derrière soi le connu, le sexe performance, les fantasmes du passé, et “laisser faire l’amour”, c’est-à-dire savoir prendre le plaisir tel qu’il est, tel qu’il vient, et ne pas se focaliser sur ce qu’il devrait être. Bref, s’abandonner, lâcher prise.
J’ai envie de dire aux femmes de rester confiantes en elles, en leur capacité à aimer et à éprouver du plaisir. Et de ne pas oublier qu’elles sont belles quand elles sont désirantes. »

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