samedi 9 novembre 2013

De petits testicules font-ils de bons pères ?

Peut-il y avoir un lien entre la taille des testicules et l’investissement dans les soins parentaux ? Oui, semble clamer une étude états-unienne, qui montre que les petites gonades font des pères plus impliqués.

Les pères proches de leurs enfants pourraient avoir des testicules moins volumineux. Cause ou conséquence ? © Daveblume, Flickr, cc by nc nd 2.0


À quoi reconnaît-on un bon père ? À la taille de ses testicules. C’est l’une des conclusions surprenantes d’une étude publiée dans Pnas. Évidemment, bien que le problème soit un peu plus complexe que cela, des chercheurs d’Atlanta ont malgré tout remarqué cette tendance.

LE CONTEXTE : LA TAILLE EN DIT PLUS LONG QU’ON NE LE PENSE

Pour les femmes comme pour les biologistes, la taille compte. Si ces dames jugent plus attirant un homme bien équipé, les scientifiques peuvent déterminer les stratégies reproductives des espèces à la grosseur des attributs virils. Ainsi, lorsque les mâles disposent d’un système reproducteur peu développé, cela traduit souvent une espèce préférentiellement fidèle et monogame. L’inverse pousserait à la polygamie. Et il est intéressant de noter que les hommes sont particulièrement bien membrés par rapport à nos cousins primates…
Mais la vie se caractérise par sa diversité. Et au sein d’une même espèce il y a des différences que l’on peut expliquer par la biologie de l’évolution. Ainsi, certains membres de la gent masculine font le choix de multiplier les partenaires, ce qui augmente leurs chances de succès reproducteur, mais leur enlève l’énergie qu’ils auraient à allouer à leurs descendants. D’autres optent pour la stratégie inverse : se stabiliser avec une seule et même femme, faire potentiellement moins d’enfants, mais pour lesquels l’investissement est important, ce qui se traduit par une meilleure survie et de meilleures aptitudes sociales.
De précédentes recherches avaient montré que les taux de testostérone, l’hormone mâle, pouvaient faire office d’indicateur sur l’engagement paternel : de hauts niveaux traduisent une propension plus importante à la polygamie, tandis que des concentrations plus faibles sont corrélées aux soins à ses enfants. Voilà pour les critères physiologiques. Mais au niveau morphologique ? James Rilling, épaulé par des collègues de l’université Emory (États-Unis), a vérifié son hypothèse : le volume testiculaire peut en révéler beaucoup sur la question…
D'ordinaire, la taille des testicules est mesurée à l'aide d'un orchidomètre, l'objet présenté ci-dessus, qui contient un chapelet de formes sphéroïdes de plusieurs volumes pour déterminer celle correspondant au patient. Ici, dans l’expérience, c'est par IRM qu'elle a été évaluée.
D'ordinaire, la taille des testicules est mesurée à l'aide d'un orchidomètre, l'objet présenté ci-dessus, qui contient un chapelet de formes sphéroïdes de plusieurs volumes pour déterminer celle correspondant au patient. Ici, dans l’expérience, c'est par IRM qu'elle a été évaluée. © Filipem, Wikipédia, cc by sa 3.0

L’ÉTUDE : DE PETITS TESTICULES, DES SOINS PATERNELS PLUS IMPORTANTS

Pour les avancées de la science, 70 pères âgés de 21 à 55 ans ont accepté de participer à l’expérience. Tous devaient vivre sous le même toit que la mère d’au moins un de leurs enfants, âgé de moins de deux ans. Les deux géniteurs étaient interrogés pour déterminer leur implication mutuelle dans les soins envers leur bébé. Qui change les couches ? Qui se lève la nuit pour donner le biberon ? Qui lui donne son bain ? Qui l’emmène voir le médecin ? Etc.
Les pères devaient se soumettre à un autre test. Sous IRMf, pour voir leur cerveau fonctionner, ils observaient des photos de leur enfant en train de sourire ou de pleurer. Les scientifiques regardaient très précisément les neurones de l’aire tegmentale ventrale, composante du système mésolimbique dopaminergique. En des termes un peu moins savants, il s’agit d’une région qui s’active normalement lorsque l’on voit ou entend son enfant, qui se développe chez la mère après l’accouchement, et qu’on associe aux soins parentaux. Enfin, les volumes testiculaires des sujets étaient mesurés par IRM.
Déjà, il est intéressant de noter que seuls 4 des volontaires s’impliquent plus pour leur enfant que ne le fait la mère. Plus globalement, les auteurs ont remarqué ce qu’ils s’attendaient à voir : les hommes avec les plus gros testicules s’investissaient moins pour leurs bébés que leurs homologues aux petites gonades. Au passage, ils démontrent également que l’engagement paternel se lit effectivement bien dans l’activation des neurones recherchés.

L’ŒIL EXTÉRIEUR : POUR ÊTRE UN BON PÈRE, CE N'EST PAS LA TAILLE QUI COMPTE...

Que conclure de ce travail ? Que les femmes doivent demander les mensurations aux hommes avant de s’engager dans une histoire au long cours ? Évidemment non. Des questions restent sans réponses. Premièrement, l’échantillon est franchement faible et il est un peu tôt pour généraliser à l’ensemble de l’humanité. Ensuite, on est mal renseigné sur l’évolution de la taille des testicules au cours de la vie. Par exemple, peut-être que le simple fait d’apporter des soins à ses enfants diminue le volume des glandes génitales mâles.
Le cœur que l’on met à s’occuper des enfants n’est pas une option uniquement dictée par notre physiologie ou notre morphologie, mais dépend également de la volonté. Un homme aux gonades imposantes peut décider de son propre chef de privilégier ses bébés. Enfin, si le lien établi entre le père et le nourrisson dès sa plus tendre enfance favorise les relations, une paternité réussie ne se limite pas aux deux premières années de la vie. Il est toujours temps de rattraper le retard…
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